création d'une vie artificielle
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24/01/2008 22:51
WASHINGTON (AFP) -
http://www.la-croix.com/afp.static/pages/080124215132.gon0nr2q.htm
Des chercheurs américains de l'Institut Venter ont fabriqué le premier génome synthétique d'une bactérie, étape cruciale pour la création du premier organisme vivant artificiel dont les applications potentielles sont jugées importantes, selon des travaux parus jeudi. Il s'agit de la plus grande structure d'ADN, les éléments de base de la vie, jamais fabriquée par l'homme, soulignent les auteurs de cette recherche publiée dans la revue Science datée du 24 janvier. "Ceci est une avancée enthousiasmante pour nos chercheurs et cette discipline", se réjouit Dan Gibson, principal auteur de ces travaux auxquels a participé Craig Venter , fondateur de l'Institut et pionnier controversé des biotechnologies. "Toutefois nous continuons à travailler vers le but ultime d'insérer un chromosome synthétique dans une cellule et d'amorcer ainsi la création du premier organisme artificiel", ajoute-t-il.
Il s'agit en fait de créer de toute pièce une nouvelle bactérie en lui
greffant un génome fabriqué sur mesure pour qu'elle puisse remplir une
fonction spécifique.
"Nous avons montré qu'il est possible de créer artificiellement de grands
génomes et d'en ajuster la taille, ce qui ouvre la voie à des applications potentielles importantes telles que la production de bio-carburants", explique le Dr Hamilton Smith, un des co-auteurs de ces travaux. Cette recherche "représente la deuxième de trois étapes vers la recréation d'un organisme vivant entièrement artificiel", précise Dan Gibson. La première étape avait été franchie en 2007 avec le transfert d'un génome d'une bactérie à une autre bactérie, devenue une espèce différente dans ce processus.
Pour l'étape finale, les chercheurs de l'Institut Venter vont tenter de créer une cellule artificielle de bactérie basée sur le génome synthétique de la bactérie Mycoplasma genitalium qu'ils viennent de reproduire. Ces scientifiques expliquent être parvenus à "cette prouesse technique" en produisant chimiquement les fragments d'ADN de cette bactérie dans leur laboratoire, développant de nouvelles méthodes pour les assembler et les reproduire. Ils avaient préalablement dépouillé le génome des gènes inutiles, ne conservant que ceux nécessaires à sa survie.
Eckard Wimmer, professeur de biologie moléculaire au Département de
Génétique Moléculaire à l'Université de New York, s'interroge néanmoins sur
le fait de savoir pourquoi l'équipe de Venter n'a pas pu avec ce génome
artificiel déjà récréer un organisme artificiel. "Ils auraient dû être en mesure de recréer un organisme artificiel dès la seconde étape franchie", a-t-il dit à l'AFP.
Selon ce chercheur, qui n'a pas participé à cette recherche mais lu l'étude,
"l'ADN synthétique recréé n'était apparemment pas viable pour des fonctions
biologiques".
Il souligne une note des auteurs à la fin de l'étude indiquant que "le
vecteur n'était peut-être pas viable pour des transplantation
expérimentales".
Plusieurs groupes de surveillance éthique canadien et britannique ont
aussitôt critiqué ces travaux en renouvelant leur appel pour un moratoire
sur la production et la commercialisation d'organismes synthétiques.
"Nous pensons qu'il est inacceptable que des entreprises privées bricolent
les éléments de base de la vie pour leur propre gain sans réglementation
démocratique", a déclaré dans un communiqué Jim Thomas de l'ETC Group au Canada.
Pour Helen Wallace, une biologiste, porte-parole de GeneWatch en Grande
Bretagne, "cette ingénierie génétique ouvre la possibilité de faire des
changements beaucoup plus importants dans le code de la vie ....et de créer
des organismes dont les conséquences sur l'environnement pourraient être
inconnues".