scientifiques et artistes

Publié le par René et Fany

                                              
Des oeuvres d'art sorties tout droit du laboratoire

 
 
Une vidéo montre l'opération chirurgicale subie par l'artiste Stelarc pour se faire implanter une «oreille» supplémentaire sur le bras. Cette prothèse doit devenir un nouvel organe relié à internet avec un micro et une liaison bluetooth.
Photo AFP
 
 
Lucie Godeau
Agence France-Presse
Liverpool , Royaume-Uni
 
L'exposition «Sk-interfaces» présente à Liverpool une «oreille» greffée sur un bras, des hymens «sculptés», et d'autres installations d'artistes qui se demandent comment les nouvelles technologies changent notre rapport au monde.
 
Dans ce cabinet de curiosités très 21e siècle, on peut voir les sculptures «semi-vivantes» de Oron Catts et Ionat Zurr : des cellules de peau de souris cultivées in vitro pour faire pousser trois minuscules vestes en «cuir sans victime», c'est-à-dire sans tuer d'animaux.
 
Une vidéo montre l'opération chirurgicale subie par l'artiste Stelarc pour se faire implanter une «oreille» supplémentaire sur le bras. Cette prothèse doit devenir un nouvel organe relié à internet avec un micro et une liaison bluetooth.
 
«Je vois l'art comme un incubateur» explique Jens Hauser, le commissaire de cette exposition présentée à Fact, la Fondation pour les arts et les technologies créatives implantée à Liverpool.
 
Pour explorer le thème de «la peau vue comme une interface technologique», il a réuni les oeuvres de 17 artistes d'Australie, des États-Unis, de Pologne, de France ou d'Allemagne.
 
Le «Manteau d'Arlequin» d'Orlan est une installation multimédia réalisée à partir d'un mélange de ses propres cellules, de cellules d'animaux et des cellules de foetus d'origine africaine.
 
«C'est un manifeste d'hybridité» qui montre que quelles que soient les races ou les espèces, toutes les cellules se ressemblent, souligne le commissaire d'exposition franco-allemand.
 
Oron Catts et Ionat Zurr ont cultivé in vitro des cellules de peau de souris pour faire pousser trois minuscules vestes en «cuir sans victime». Photo AFP
 
Julia Reodica a elle «sculpté» des hymens, cultivés à partir de ses propres cellules vaginales. «Ces hymens designs» sont présentés dans des coffrets à bijoux pour questionner la valeur accordé à la virginité.
 
«Depuis la Renaissance, les artistes ont toujours voulu utiliser les derniers instruments disponibles (...) Nous n'avons pas voulu faire du sensationnalisme», justifie Laura Sillars, directrice des programmes de Fact.
 
Mais cette exposition où pour la première fois en Grande-Bretagne des cellules vivantes sont mises en scène comme oeuvre d'art, ouvre «une boîte de pandore pour les questions éthiques», estime Alfred Hickling dans le Guardian. Par exemple est-ce que «l'art du futur sera implanté au lieu d'être collectionné?», se demande-t-il.
 
Pour arriver à concrétiser leurs idées, plusieurs artistes ont fait appel à des scientifiques.
 
John Hunt, un biologiste spécialiste de l'ingénierie des tissus à l'université de Liverpool, a aidé à réaliser le «cuir sans victime» et deux autres oeuvres.
 
«Les artistes sont venus nous voir et nous ont dit "on a besoin de ceci, de faire cela", et nous avons répondu que nous pouvions le faire (...) Il s'agit d'une expertise scientifique appliquée à quelque chose de complètement non scientifique», raconte-t-il à l'AFP.
 
Il se dit enchanté par cette expérience qui a pour corollaire d'ouvrir le débat sur la culture des cellules et des tissus, à un moment où les recherches sur les cellules souches ou les OGM inquiètent certains.
 
«Ce qu'on recherche dans une exposition c'est de stimuler son esprit», observe-t-il.
 
Pourtant, tout comme les scientifiques, les artistes peuvent voir leurs explorations limitées par la législation.
 
«Light, only light», une sculpture prenant la forme du cerveau de l'artiste Jun Takita, devait initialement être recouverte d'une mousse verte transgénique, manipulée pour émettre une lueur dans le noir. Mais devant le vide juridique sur l'utilisation d'OGM dans le cadre d'une exposition, Fact a préféré renoncer à la mousse.
 
L'exposition «Sk-interfaces» est présentée jusqu'au 30 mars à Fact à Liverpool, qui est cette année la capitale européenne de la Culture, et sera ensuite montrée au Casino Forum d'art contemporain à Luxembourg du 25 septembre au 6 décembre 2009.
 
Voyez un reportage sur l'artiste Stelarc sur YouTube (en anglais):
 
 
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