la cause de la modification climatique reste innconnue

Publié le par René et Fany

L'Express du 21/09/2006
Neiges du Kilimandjaro
Claude Allègre
allegreexpress@yahoo.fr

La cause de la modification climatique reste inconnue. Donc, prudence

http://www.lexpress.fr/idees/tribunes/dossier/allegre/dossier.asp?ida=451670

Dans la même quinzaine, on a vu les photos spectaculaires de Yann  Arthus-Bertrand montrant le Kilimandjaro déplumé, sans ses neiges, et  l'on a immédiatement entendu le refrain sur le réchauffement de la  planète et lu dans la revue Science un important article d'une série  d'éminents glaciologues qui montre que, en trente ans, le volume des  glaces antarctiques n'a pas varié (1). Tous les spécialistes sont  d'accord: si un réchauffement général du globe a lieu, il sera beaucoup  plus important près des pôles qu'à l'équateur. Or ces auteurs expliquent  qu'en certains endroits du continent Antarctique il y a une destruction  massive de la banquise, mais qu'ailleurs il y a épaississement de la
glace.

Alors, y a-t-il ou non réchauffement climatique? L'argument du Kilimandjaro
paraît imparable. On le voit, on le touche. Certes, mais les choses ne  sont pas si simples. La disparition progressive des neiges du  Kilimandjaro est souvent attribuée à des phénomènes locaux, et au  premier chef à la désertification de l'Afrique de l'Est. Récemment, dans  la revue Nature, des chercheurs français ont montré que cette  désertification était largement due à des mouvements tectoniques  responsables de la remontée progressive du continent africain, modifiant  la circulation météo. L'effet de serre n'a aucun rôle majeur là-dedans.

Après le mois d'août qu'a connu la moitié nord de la France, les Cassandre  du réchauffement auront du pain sur la planche pour faire avaler leurs  certitudes à nos compatriotes. Il y a sans doute un changement  climatique, mais ce dernier est caractérisé plus par de brusques  fluctuations, à la fois dans l'espace et dans le temps (la canicule ou l'  «été pourri» en sont des exemples, comme les tornades extrêmes ou  l'augmentation des inondations), que par un réchauffement général. La  cause de cette modification climatique est inconnue. Est-ce l'homme?
Est-ce la nature?

Les archives glaciaires ou historiques nous indiquent que le climat est  un phénomène capricieux. Les théories météorologiques mathématiques le  confirment. Donc, prudence. Mais la dénonciation de la responsabilité de  l'homme quant au réchauffement de la planète permet de ne rien faire
(les effets des mesures préconisées ne se feront sentir que dans un  demi-siècle!). En revanche, la lutte contre les théorèmes extrêmes peut  être menée avec des résultats! Toutefois, comme ce n'est pas à la mode,  on reste passif. En attendant, l'écologie de l'impuissance protestataire  est devenue un business très lucratif pour quelques-uns!

(1) A. Monaghan et al., Science, vol. 313, 11 août 2006.


L'Express du 05/10/2006
Climat: la prévention, oui, la peur, non
allegreexpress@yahoo.fr

En réponse à mes détracteurs, je me dois de mettre les points sur les i:  je ne nie nullement le changement climatique, mais je considère que le réchauffement global n'est pas le phénomène essentiel. 

http://www.lexpress.fr/idees/tribunes/dossier/allegre/dossier.asp?ida=452950

Ma chronique sur le «réchauffement climatique» ayant suscité trois ou  quatre réactions d'une violence hors de propos, je me dois de mettre les  points sur les i. Il me semble y avoir effectivement une modification  climatique comme on en connaît dans l'histoire des hommes ou l'histoire  géologique. L'idée la plus généralement admise postule que ce changement  consiste principalement en un réchauffement global et qu'il serait causé  par le gaz carbonique (CO2) émis par l'homme suivant le phénomène  physique dit de l'effet de serre. Je fais partie des membres de la  communauté scientifique, certes aujourd'hui très minoritaires, qui  contestent cette interprétation, la trouvant simpliste et occultant les  dangers véritables.

Nous ne nions nullement le changement climatique, mais nous considérons
que le réchauffement global n'est pas le phénomène essentiel. Si la
température augmente de 1 ou 2 °C par siècle et que le niveau de la mer
augmente de 25 centimètres, cela ne nous paraît pas catastrophique. Nous
pensons, pour notre part, que le phénomène essentiel est l'augmentation  de la fréquence des phénomènes extrêmes: canicule ou hiver russe, fortes
 pluies avec inondations et sécheresse avec manque d'eau potable,  tornades violentes et fréquentes. Le tout avec des répartitions  géographiques apparemment aléatoires.

La seconde question est celle de l'influence du CO2. L'augmentation des
teneurs en CO2 dans l'atmosphère est un fait d'observation et l'homme en  est très certainement responsable. A terme, cette augmentation deviendra  sans nul doute une pollution néfaste, mais son rôle exact sur le climat  est moins clair. Divers paramètres nous paraissent plus importants que  le CO2. Ainsi, le cycle de l'eau et la formation de divers types de  nuages, avec les effets complexes des poussières industrielles ou  agricoles. Ou bien les fluctuations de l'intensité du rayonnement  solaire à l'échelle du siècle et de l'année, qui semblent mieux corrélés  avec les effets thermiques que les variations de teneur en CO2.

Enfin, les effets observés sont, à nos yeux, différents dans  l'hémisphère Sud et dans l'hémisphère Nord, où la disparition de la  calotte glaciaire du Groenland paraît incontestable, au contraire de  l'Antarctique. Troisième point de désaccord, nous pensons qu'il est  impossible de prévoir à long terme l'évolution du climat, car il dépend  de la logique des phénomènes chaotiques, comme l'a montré Edward Lorenz.  Ce que confirment l'observation paléoclimatique - avec l'occurrence des  événements imprévisibles qu'on appelle les Dryas ou les événements de  Heinrich - et encore plus les études historiques comme celle de Le Roy  Ladurie, qui relève l'existence de phénomènes de canicule mortelle au
XVIIIe siècle, lors du Petit Age glaciaire.

Mais ce qui me distingue des fanatiques de l'effet de serre, c'est que  leurs proclamations consistent à dénoncer le rôle de l'homme sur le  climat sans rien faire pour combattre ce danger, si ce n'est organiser  des colloques et préparer des protocoles qui restent lettre morte. C'est l'attitude de l'écologie dénonciatrice. Je me situe clairement dans l'écologie réparatrice. Celle qui propose des solutions concrètes pour préserver notre planète. Dans le cas présent, en aménageant le territoire pour la préservation de l'eau et la prévention contre les cyclones, en défendant l'idée des voitures hybrides ou électriques dans les villes et les recherches sur la séquestration du CO2.

Enfin, je rappelle à ceux qui ne le sauraient pas que j'ai écrit deux livres, en 1990 et en 1993, sur l'écologie, que j'ai été à la pointe du combat contre les dangers du plomb atmosphérique, que j'ai soutenu les recherches sur la couche d'ozone et l'effet des CFC et que, bien que partisan de l'énergie nucléaire pour préserver le pétrole, je me suis opposé à l'enfouissement profond des déchets radioactifs! Ce qui me distingue de certains, c'est que je crois en la capacité de l'homme à résoudre les défis, à condition de ne pas se tromper sur l'origine du
danger! Ce dont je rêve, c'est que l'écologie soit le moteur du développement économique et non un obstacle créateur de peurs.

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