Mourir : pourquoi faire ?

Publié le par René et Fany

Mourir : pourquoi faire ?


 

http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=313001&sid=7753544&page=2#title

Le 28 février 1953, à Cambridge, Francis Crick et James Watson ont annoncé
qu'ils avaient mis la touche finale au modèle de la structure de l'ADN ; ils  avaient découvert la molécule de l'hérédité, le secret de la vie.

Un certain nombre de scientifiques aimeraient bien annoncer un jour une  autre découverte : le secret de l'immortalité. Ainsi, Aubrey de Grey,  chercheur en informatique de l'université de Cambridge, a dévoré toutes les  études existantes sur le vieillissement de l'organisme. Il est devenu un  spécialiste reconnu de la recherche sur l'immortalité. Ses conclusions  détonnent : « Je pense qu'il est presque certain que la première personne  qui vivra 1'000 ans est déjà née. »

Pour Aubrey de Grey, vieillir serait la conséquence d'une accumulation de  dégâts dans l'organisme. On ne peut pas empêcher ces dégâts, mais on devrait
pouvoir les réparer avant que leur accumulation ne provoque les maladies  liées à l'âge. Les dégâts sont identifiés, il ne reste plus qu'à mettre au  point les techniques de réparation. Quand on y sera parvenu, on sera  immortel.

On s'en doute, la majorité des scientifiques ne partagent pas ce point de  vue. A commencer par un détail important, on n'a peut-être pas encore  compris tous les mécanismes de l'âge. Les clés du vieillissement se trouvent  au cour de chaque cellule. Notre corps en compte plusieurs millions de  milliards. Le rayonnement solaire, l'air que nous respirons, ce que nous  mangeons, nos maladies, les mouvements de notre corps et même nos pensées,  tout ce qui finalement compose chaque seconde de l'existence induit en  permanence des micro-dégâts dans nos cellules. Dans le même temps, notre  organisme dispose d'un arsenal de molécules chargées de réparer ces dégâts.  Sans elles, nous serions des vieillards avant même d'avoir atteint l'âge  adulte.

Cet équilibre entre dégâts et réparation est instable. A partir d'un certain  âge, les mécanismes de réparation perdent progressivement de leur  efficacité. Les dégâts s'accumulent, les cellules ont du mal à remplir leur  rôle, les organes fonctionnent moins bien et le vieillissement s'installe,  jusqu'au terme final.

Parmi les différentes théories du vieillissement, l'une des plus courantes  concerne les radicaux libres. Pour vivre, une cellule a besoin d'énergie.  Pour produire cette énergie, elle utilise l'oxygène que nous respirons. Mais  la réaction chimique n'est pas parfaite. En permanence, des molécules  d'oxygène chargées électriquement se forment et s'échappent dans la cellule.  C'est ce qu'on appelle des radicaux libres.

Ces radicaux libres sont extrêmement nocifs. Très rapidement, ils vont
oxyder les composants nobles de la cellule : l'ADN, les protéines, les  lipides. Heureusement, la cellule a les moyens, en produisant des molécules
antioxydantes, de se défendre contre ces radicaux libres. Avec l'âge, ces
capacités antioxydantes, ces systèmes de réparation, pour une raison que
l'on ne comprend pas très bien, déclinent, laissant les radicaux libres  produire leurs effets toxiques.

Pour compliquer les choses, on commence à découvrir qu'à petites doses, les
radicaux libres sont indispensables à la vie des cellules. Au centre médical
universitaire de Genève, le laboratoire de biologie du vieillissement est  dirigé par Karl-Heinz Krause. Il a mis en évidence sept gènes, dont l'unique  rôle est justement de fabriquer des radicaux libres dans l'organisme, chez  la souris comme chez l'homme.

Les expériences du professeur Krause ont montré que les souris, auxquelles
on a inhibé dans l'aorte un gène responsable de la production de radicaux  libres, donc elles ne produisent pas de radicaux libres dans l'aorte, ont une tension nettement plus basse que les autres. Plus intéressant encore,  elles semblent être protégées contre l'hypertension. En vieillissant, elles  seraient donc plus résistantes face aux maladies cardiovasculaires. Mais ce  n'est pas forcément un avantage. Face à un chat, une souris aussi zen aurait  peu de chance d'en réchapper.

Bref, les mécanismes qui à terme provoquent le vieillissement peuvent être
aussi ceux qui nous protègent lorsque nous sommes plus jeunes. La règle  générale est la suivante : la nature nous protège pendant la phase  reproductive, ensuite tous les mécanismes de réparation fonctionnent moins
bien.

Dans le monde, très peu de chercheurs travaillent directement sur
l'allongement de la vie. Mais le travail en laboratoire réserve parfois des  surprises. Caenorhabditis elegans ! Ces vers prolifèrent dans la moindre  motte de terre, mesurent à peine un millimètre. Ce sont les cobayes de  laboratoire préférés des généticiens. Dans le département de biologie  cellulaire de l'université de Genève, ces vers ont fait l'objet d'une  expérience aux résultats inattendus.

Le but de la recherche était d'étudier les gènes qui régulent la respiration  des cellules. Pour ce faire, des vers ont d'abord été soumis à des mutations  au hasard. Puis on a déposé ces mutants dans une chambre spéciale capable de
créer une atmosphère sans oxygène. Et on a attendu. Trois jours. Dans la  nature, aucun ver ne résisterait aussi longtemps à un tel traitement. Le but  de l'expérience était de rechercher si, parmi les mutants, certains  individus étaient devenus capables de survivre à ces conditions extrêmes.

Sur trois millions d'individus, un seul y est parvenu et a été capable par
la suite de se reproduire. Ce champion de l'apnée en laboratoire a été  surnommé RTA314W. Le ver est un peu plus petit que ses congénères, son
comportement paraît normal, à un détail prêt : alors qu'un ver sauvage vit  21 jours, RTA314W frétille joyeusement durant 42 jours. En mutant, il a  doublé son espérance de vie.

Il s'agit maintenant d'étudier quelle information génétique a été modifiée,
comment elle a été modifiée et quel est l'effet de cette modification sur le
métabolisme de l'organisme. Un tel ver possède près de 20'000 gènes. Pas sûr
que RTA314W livre un jour les secrets de sa longévité.

Evidemment, on n'imagine pas appliquer un tel traitement à l'espèce humaine
pour augmenter sa longévité. De toute manière, on ne sait pas comment  changer ou modifier un gène chez l'homme.

Par ailleurs, même si les gélules, pilules, crèmes, alicaments qui  promettent de chasser les radicaux libres ne manquent pas, aucun n'a fait  l'objet d'une étude clinique concluante. L'élixir de jouvence, ça n'existe  pas. La seule recette éprouvée consiste à manger des fruits et des légumes  en abondance. Ça ne rend pas immortel, mais au moins ça aide à bien vieillir.

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