La question de la vie de plus en plus au coeur de la science
La question de la vie de plus en plus au coeur de la science
http://www.cyberpresse.ca/article/20070821/CPSCIENCES/70821054/1020/CPSCIENCES
Le mardi 21 août 2007
Seth Borenstein
Washington
Qu'est-ce que la vie? De nombreux scientifiques sont confrontés à cette grande question, à l'heure où leurs recherches les amènent de plus en plus à la manipuler, la rechercher sur d'autres planètes ou même à la créer
en laboratoire.
Cette interrogation est alimentée par de récentes avancées. Cet été, des scientifiques de l'Institut Craig Venter, dans la banlieue de Washington, qui ont
joué un rôle clé dans le séquençage du génome humain, ont remplacé l'ADN d'une bactérie par celle d'une autre, modifiant ainsi son identité génétique.
Aujourd'hui, ce centre de recherches souhaite déposer un brevet pour une bactérie entièrement nouvelle qui serait créée en insérant des gènes dans une cellule évidée provenant de l'appareil urinaire d'un insecte.
L'institut parle de ses travaux comme d'une «modification de la vie pour en trouver de nouvelles formes».
D'autres équipes de recherche dans le monde vont plus loin, tentant de créer la vie à partir de substances chimiques en imitant les conditions de son apparition
sur Terre. Et elles estiment pouvoir réussir d'ici trois à dix ans.
Selon ces chercheurs, de nouvelles formes de vie conçues par l'homme signifieront de nouvelles sources d'énergie, des mécanismes d'assainissement de l'environnement et des médicaments salvateurs. D'autres estiment qu'une telle percée permettrait de comprendre comment la vie est apparue sur Terre.
Les scientifiques pensent généralement que pour qu'il y ait de la vie, il faut une cellule dotée d'un matériel génétique, qui soit capable de se reproduire,
de transformer de la nourriture en énergie et d'évoluer par la sélection naturelle. Mais les choses ne sont pas si simples.
Le mois dernier, l'Académie nationale des sciences aux États-Unis a publié un rapport sur la «vie étrange», appelant la Nasa à ne pas se focaliser sur l'eau.
«Alors que la recherche de la vie dans le système solaire s'étend, il est important de savoir quoi chercher exactement», souligne le document. Le même rapport exhorte l'agence spatiale américaine à ne pas être «obsédée par le carbone» dans sa quête d'une vie extraterrestre, même si cet élément est souvent considéré comme fondamental pour la vie sur Terre.
Et puis, il y a la vie artificielle. Ray Kurzweil, un «futurologue» réputé, qui conseille des personnalités comme Bill Gates, pense que d'ici 2029 une machine
sera capable de passer un test d'intelligence en donnant le même genre de réponses qu'un humain.
«Un changement gigantesque pourrait se produire si les robots continuent à être développés jusqu'au point où ils pourraient se reproduire, s'améliorer ou s'ils gagnent en intelligence artificielle», affirme une étude de 2006 commandée par le bureau scientifique du gouvernement britannique. Dans ce rapport, la
situation des robots est même comparée à l'émancipation des esclaves...
De nombreux experts conviennent que définir la vie ne sera pas aisé, mais cette question sera au cours du siècle au coeur d'un débat politique et sociétal aussi
important que l'avortement ou la recherche sur les cellules souches embryonnaires, prédit Art Caplan, spécialiste de la bioéthique à l'université de
Pennsylvanie.
L'institut Venter rejette les accusations selon lesquelles les scientifiques se prendraient pour Dieu. Un des chercheurs qui tentent de créer la vie à partir
de zéro, Mark Bedau, dit toutefois comprendre ces inquiétudes.
Professeur de philosophie à l'université Reed dans l'Oregon, il dirige également l'entreprise de biologie synthétique ProtoLife à Venise, en Italie. Son équipe
et d'autres tentent de produire des organismes unicellulaires à partir de composés chimiques et une première étape clé pourrait être bientôt franchie:
créer une membrane pour la cellule.
«Nous faisons des choses qui étaient considérées par certains comme étant du ressort de Dieu, comme créer de nouvelles formes de vie», souligne M. Bedau. «Jouer à Dieu est une bonne chose tant qu'on le fait de manière responsable», ajoute-t-il en évoquant la perspective de progrès importants.