Neuroéducation: comprendre le cerveau pour enseigner

Publié le par René et Fany

 

                Neuroéducation: comprendre le cerveau pour enseigner

http://www.cyberpresse.ca/article/20071124/CPACTUALITES/711240748/1020/CPSCIENCES
 

Le samedi 24 nov 2007

Violaine Ballivy

La Presse

Que se passe-t-il dans le cerveau des enfants quand vient le temps d'apprendre à lire, à écrire et à compter? La question intéresse de plus en plus les
chercheurs, dont les travaux pourraient transformer la façon d'enseigner.

Ainsi, encourager les petits à compter sur leurs doigts ne serait pas une mauvaise idée, bien au contraire. Des travaux récents démontrent que la
représentation de la grandeur des nombres stimule les neurones du lobe pariétal, qui est aussi associé à la représentation des objets dans l'espace. Les méthodes d'enseignement qui combinent à la fois les nombres et leur représentation spatiale seraient ainsi les meilleures. Compter sur ses doigts devient alors une stratégie d'apprentissage logique, pour les petits du moins, a expliqué Steve Masson lors d'une conférence prononcée au congrès de l'Association québécoise des enseignants du primaire la semaine dernière.

Cet étudiant au doctorat de l'UQAM est l'un des premiers Québécois à se pencher sur la neuroéducation, toute jeune science à cheval sur les neurosciences et les sciences de l'éducation, un courant qui gagne en popularité. L'OCDE a lancé à la fin des années 90 une vaste étude qui vient tout juste d'aboutir avec la publication du rapport Comprendre le cerveau:
naissance d'une nouvelle science de l'apprentissage. L'Université Harvard y consacre depuis peu un cours de maîtrise.

«L'idée n'est pas de rejeter les autres théories d'apprentissage, comme le cognitivisme, nuance M. Masson. Par contre, on pourra les compléter et
améliorer la formation des professeurs en approfondissant notre compréhension de ce qui se passe précisément dans le cerveau.»

Déjà, on envisage des applications très concrètes pour l'enseignement des sciences, notamment. L'approche classique consiste à placer les enfants devant
certaines de leurs idées préconçues au moyen d'expériences, pour leur démontrer qu'ils ont tort. Or, les techniques d'imagerie optique ont permis aux
chercheurs d'observer que ce type de situation sollicite une zone du cerveau liée aux émotions, la même qui est stimulée dans la résolution de conflits.
Au lieu de se mettre en mode «apprentissage», le cerveau rejette donc l'information reçue.

«Cela prouve que les idées préconçues des enfants sont très importantes et que les enseignants doivent en tenir compte. Mais dire à un enfant que sa conception d'un phénomène n'est pas la bonne ne suffit pas», dit
Steve Masson.

D'autres travaux ont démontré que la lecture stimule à la fois les neurones chargés de traiter de l'information visuelle (à la vue du mot) et ceux qui
analysent les sons (qui transposent la syllabe en son). Le vieux débat à savoir si l'on doit privilégier l'apprentissage par syllabe ou celui dit "global" du
mot serait obsolète. Il faudrait favoriser les deux.

Le rapport de l'OCDE déboulonne aussi plusieurs «neuromythes». Celui, par exemple, qui dit que tout se joue avant 3 ans. Il n'y aurait pas de période
«critique» au-delà de laquelle certains apprentissages ne sont plus possibles. «Le cerveau est plastique, a insisté hier M. Masson. Les professeurs, chaque jour, ont le pouvoir de modifier physiquement le cerveau des
élèves, ce qui est très encourageant.»

Certaines périodes sont toutefois plus favorables à certains apprentissages. Par exemple, la grammaire orale s'assimile plus facilement en très bas âge. Une
étude a démontré que des enfants francophones âgés de 5 mois à 3 ans sont capables de distinguer naturellement des phonèmes arabes mais qu'ils perdent
cette habileté au fur et à mesure que leurs neurones se spécialisent.

De la même manière, «il serait préférable d'enseigner la physique mécanique dès le primaire, quand les réseaux neuronaux sollicités par ces apprentissages se construisent, plutôt que d'attendre à la cinquième secondaire comme le prévoit le programme actuel», note Steve Masson.


Pour consulter le rapport de l'OCDE:

www.oecd.org/edu/cerveau

 

 

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