presse écrite en déclin
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Le vendredi 29 décembre 2006
ÉTATS-UNIS
Laurence Benhamou
Agence France-Presse -New York
Rachats et concentrations secouent la presse américaine, en pleine déroute face à la concurrence d'Internet, poussant de nombreux journaux à chercher leur salut dans un nouveau «journalisme citoyen»,écrit par des lecteurs et témoins de la rue, comme les
blogs d'Internet.
Derniers exemples de la fragilité financière de la presse, le rachat jeudi du magazine Reader's Digest et la bataille pour le rachat du Tribune, groupe possèdant 11 journaux dont l'influent Los Angeles Times. Le rédacteur en chef du LA Times, Dean Baquet, vient de démissionner plutôt que d'accepter de nouvelles réductions d'effectifs, devenues courantes dans tous les journaux.
La presse américaine voit chuter son lectorat au
profit des actualités gratuites et personnalisées
disponibles sur Internet. Selon la Newspaper
Association of America, la diffusion des quotidiens a
encore baissé de 2,8% sur la période avril-septembre
2006.
Un récent sondage a montré que 49,9% des adultes
américains lisent un quotidien, contre 58,6% en 1998.
L'an dernier ont été supprimés encore des milliers
d'emplois dans les rédactions -- le Washington Post a
annoncé mardi de nouvelle coupes -- et la plupart des
groupes de presse cotés en Bourse ont vu leur cours
chuter.
Mais cela n'empêche pas plusieurs milliardaires et
groupes de médias de s'intéresser au groupe Tribune,
l'homme d'affaires David Geffen convoite le Los
Angeles Times et Jack Welch, ex-patron de GE, le
Boston Globe.
La concentration s'était accélérée début 2006, avec le
rachat du groupe Knight Ridder et de ses 90
publications par son rival McClatchy.
Mais les journaux tentent de trouver un nouveau modèle
à l'heure de l'Internet alors que certains experts
prédisent la disparition de la presse imprimée d'ici
quelques d'années.
«Les journaux sont en grave crise. Internet leur prend
des lecteurs, des recettes publicitaires, distribue du
contenu gratuit, habitue les jeunes à un type
d'information sans journalistes. Or les journaux sont
très importants pour la société», a commenté à l'AFP
John Carroll, ex-rédacteur en chef du LA Times.
«Il faut trouver de nouveaux modèles économiques.
J'aimerais avoir les réponses, mais je ne vois pas
d'issue. Je suis très inquiet», concède-t-il.
Les journaux essaient donc de se réinventer pour
regagner des lecteurs. Créer des sites Internet ne
suffit pas à financer une rédaction car ils ne
rapportent que 7% des recettes publicitaires. Il
faudra 30 ans pour qu'ils en rapportent 50%, selon
l'analyste de Merrill Lynch, Lauren Fine.
Aussi de plus en plus de journaux misent sur ce qui a
fait le succès des blogs, les contributions directes
des lecteurs: ils ouvrent leurs colonnes à un
«journalisme citoyen», amateur, bénévole, dans un
mélange avec les professionnels appelé «pro-am».
Gannett, le premier groupe de presse américain (90
journaux dont USA Today) a décidé d'incorporer des
commentaires de lecteurs et de blogues dans ses
journaux, et de faire rédiger des articles spécialisés
par des amateurs éclairés comme des ingénieurs
retraités ou des avocats.
Plusieurs sites revendiquent ce journalisme non
professionnel, comme Nowpublic, qui dit disposer de 31
000 «journalistes citoyens» dans 130 pays. Le site
d'actualités de Yahoo! intègre désormais blogues et
photos personnelles et CNN fait maintenant défiler en
boucle des mails de lecteurs.
De quoi encore affaiblir le journalisme professionnel,
notamment le journalisme d'investigation, peu
compatible avec les exigences financières des
actionnaires des journaux, s'inquiètent de nombreux
professionnels.